Environnement & Énergie

Il n’est pas facile d’estimer les conséquences de la 5G sur la consommation d’énergie et de ressources minérales. D’une part car les données manquent puisqu’il s’agit là d’une nouvelle technologie et que les opérateurs ne délivrent pas ce qu’ils considèrent comme des « secrets d’affaire ». D’autre part car la 5G s’inscrit dans le développement continu des technologies de l’information et de la communication (TIC). On peut cependant identifier et estimer trois types d’impacts sur l’environnement : ressources minérales, consommation d’énergie liée à la fabrication des technologies, consommation d’électricité lors de l’usage. Toutes ces activités produisent des émissions de gaz à effet de serre, en croissance rapide.

Les dispositifs électroniques se multiplient dans nos vies quotidiennes, mais aussi dans les entreprises. Ces bijoux de la technologie utilisent aujourd’hui plus de 75% des éléments du tableau de Mendeleïev, qu’ils amalgament de manière extrêmement fine, à tel point qu’il est thermodynamiquement impossible de recycler la plupart des éléments qu’ils contiennent. Autrement dit, l’électronique actuelle est intrinsèquement non durable, et on prévoit déjà des tensions sur l’approvisionnement d’une série de métaux essentiels dès les années 2030. En outre, l’extraction de ces minéraux est extrêmement polluante et génère un nombre croissant de conflits autour des mines.

Le numérique consomme aujourd’hui environ 4% de l’énergie mondiale. La majorité de l’empreinte énergétique est liée à la fabrication des terminaux – de 50 à 90 % selon les équipements. Le numérique est donc loin d’être une industrie dématérialisée. Cette consommation d’énergie croît de 9% par an et on estime qu’en 2025, 6% de l’énergie mondiale sera consommée par le numérique. C’est le taux de croissance le plus élevé de tous les secteurs industriels.

La consommation d’électricité d’un système mobile se répartit, en moyenne, de la façon suivante : 50% pour les antennes, 30% pour les terminaux, 10% pour les serveurs et 10% pour le réseau lui-même. Ces chiffres varient selon les usages. Et aujourd’hui 80% des données échangées concernent les vidéos. Dans la mesure où une antenne consomme l’équivalent de l’électricité de 10 ménages et qu’il y a environ une antenne pour mille personnes, on peut estimer que les réseaux mobiles utilisent actuellement environ 3% de l’électricité en Belgique. Et on s’attend à ce que ce chiffre soit multiplié par 2 ou 3 avec l’avènement de la 5G. En dépit du fait que les opérateurs affirment que l’efficacité énergétique des réseaux 5G sera 10 fois plus grande – ce qui reste à démontrer et est contraire aux premières observations faites en Chine –, on s’attend à un effet rebond considérable. Et surtout, vu le taux de croissance du trafic des données (60% par an), cette efficacité théorique serait annulée en moins de 5 ans.

Inutile de rappeler l’urgence de prendre des mesures pour limiter les changements climatiques. Il faudrait réduire d’environ 10% les émissions de gaz à effet de serre chaque année pour atteindre une réduction finale de 65% en 2030 – objectif qui permet de respecter l’objectif d’un réchauffement de maximum 1,5°C en tenant compte de la responsabilité historique de la Belgique dans ces émissions. Le déploiement de la 5G ne fera donc qu’augmenter la difficulté pour atteindre cet objectif.

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