10/03 : 5G, quelle démocratie ? Une assemblée publique citoyenne Place St-Jean à deux pas du Parlement bruxellois

L’événement a lieu sur la place St-Jean à Bruxelles le jeudi 10 mars 16-18h.
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L’assemblée sera suivie, dès 18h, d’une balade de repérage des caméras et antennes gsm/smartphone du coin (30min) par Technopolice.

À l’heure où les décisions législatives sur le déploiement de la 5G à Bruxelles sont reportées de mois en mois et que les modes de consultation sont plus que remis en question, une centaine de personnes se rassemblera Place St-jean, à deux pas du Parlement bruxellois pour réaliser leur propre assemblée ouverte à toutes et tous (parlementaires, citoyen·nes…) pour échanger autour du déploiement de la 5G, en toute transparence. En effet, de nombreux déficits du processus démocratique ont été dénoncés lors de la grande majorité des décisions prises jusqu’ici à tous les nouveaux de pouvoir… et une crainte sur la suite est plus que fondée, au regard des enjeux abordés. Interviendront Miguel Coma (ouvrage “5G - la nouvelle utopie”), Grégoire Wallenborn (IGEAT-ULB), Stéphanie D’Haenens (Inter-Environnement Bruxelles), Géraldine Duquenne (Justice et Paix), Antoinette Brouyaux (Associations 21), David Steinmetz (témoignage d’un électrohypersensible), Mathieu Verhaegen (FGTB - cgsp ALR) et Sébastien Gratoir (Actrices et Acteurs des Temps Présents & Territoire sans 5G). Différentes propositions seront formulées et soumises à débat : un fonds numérique responsable, la réduction des normes électromagnétiques à 3 V/m (préconisée par le Conseil Supérieur de la Santé), un pouvoir de décision communal sur les déploiements technologiques qui modifient le cadre de vie de leurs citoyen·ne·s… 

Une carte blanche publiée le samedi 8 janvier étaye des nombreuses inquiétudes qu’une trentaine d’associations et universitaires de tous horizons en faveur d’un déploiement de la 5G qui soit le plus limité possible, au regard des enjeux de transition écologique, du faible intérêt économique et sur la santé. La soi-disante urgence à déployer ce réseau en Belgique, spécialement à Bruxelles, est depuis longtemps impulsée par la communauté européenne, mais rentre pourtant en contradiction avec le temps nécessaire aux études scientifiques, nécessaire pour démontrer (ou non) son innocuité, mais il est également nécessaire au « bon » exercice de la démocratie. Malgré les premières consultations publiques très critiques, la mise aux enchères finale par le gouvernement fédéral des bandes d’utilisation 5G vient d’être lancée en janvier 2022 auprès des différents opérateurs intéressés alors que les discussions autour des normes sur les puissances d’émission, différentes d’une région à l’autre (la réglementation bruxelloise est la plus stricte), sont plusieurs fois reportées. A l’heure actuelle, une vingtaine de communes ont exigé des suspensions, moratoires, consultations citoyennes, débats et enquêtes publiques quant au déploiement de la 5G.

« Notre transition écologique dont le numérique a été défini comme un élément clé est redoutée par nos partenaires du Pérou car synonyme d’intensification des activités extractivistes. » - Géraldine Duquenne, Justice & Paix

Depuis janvier 2021, à l’initiative du Parlement régional, une commission délibérative mixte parlementaire/citoyenne s’est penchée sur cette question. Une fausse-bonne idée d’après nous à partir du moment où la question de départ, pipée et annonçant que la 5G sera déployée quoiqu’il arrive, n’a laissé une marge de discussion que sur le “comment”. Ensuite, différent·e·s expert·e·s, dont la sélection n’a pas été expliquée, n’ont eu qu’un temps extrêmement limité pour partager leur point de vue, créant de facto une asymétrie dans l’information partagée avec cette commission. Qui plus est, les 43 recommandations finalement remises mi-2021 par la commission délibérative attendent toujours les réactions des parlementaires qui auraient dû justifier depuis plusieurs mois quelles seraient celles retenues et refusées. Dans ce contexte, le gouvernement bruxellois s’est accordé sur le principe d’une hausse de la norme d’émissions des radiations de téléphonie ou d’internet mobile en la portant à 14,5 Volt par mètre. Quels sont les autres enjeux ?

Malgré la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 5% par an, le numérique en produit déjà bien plus que l’aviation civile pré-covid. Pire, ce secteur avance à contresens avec une hausse de 6% par an et une forte probabilité de voir cette tendance s’accélérer, due à la hausse exponentielle du trafic de données. D’autres secteurs plus essentiels devront donc redoubler d’efforts pour tenter de compenser la hausse du numérique. L’industrie nous promet des réductions de CO2 de 15% pour 2020 grâce au numérique, dont on n’a pas vu la couleur … Aujourd’hui, on nous vend les mêmes 15% pour 2030 toujours sans aucune preuve.

Tant l’extraction des minerais que la gestion des déchets liés aux terminaux (smartphones, objets connectés, etc.) polluent les sols, l’eau et l’air, au péril de la santé des populations locales. Une forte tension sur des métaux critiques alimente des conflits armés, notamment à l’Est du Congo où l’extraction minière compte déjà ses victimes par millions.

Comparée à la 4G, la 5G permet de transporter les mêmes données avec moins d’énergie. En revanche, son débit élevé incite à une croissance des usages (dont 69% de vidéo) qui induit au final une consommation énergétique bien supérieure, le fameux « effet rebond ». A tel point que les analystes et opérateurs s’accordent sur une facture d’énergie des opérateurs mobiles multipliée par 2 à 3 déjà … d’ici 2025. Quant aux promesses d’économie d’énergie dans d’autres secteurs grâce aux télécoms, elles sont réalisables sans la 5G.

Le déploiement de la 5G peut tout à fait se limiter à une poignée de sites industriels privés, ne nécessitant aucun déploiement dans l’espace public. Par ailleurs, les PME et les consommat·rice·eur·s sont déjà largement satisfait·e·s par la 4G dont une possible saturation pourrait être évitée à travers divers leviers. Les annonces de la 5G comme tremplin pour sortir de la crise économique sont infondées selon les dires du PDG de Bouygues Telecom devant le Sénat français ; un fossé existe donc entre les arguments porteurs de ce projet technophile et la réalité économique.

« Les questions environnementales (climat notamment) sont assez systématiquement marginalisées lorsqu’il s’agit de prendre une décision. Ces questions sont vues comme une dimension parmi d’autres qui peut donc être mise en balance avec d’autres questions, comme si nous pouvions négocier avec le climat ou la biodiversité. » - Grégoire Wallenborn, chercheur à l’IGEAT-ULB.

Concernant les limites d’exposition aux antennes, l’UGent et imec se sont penchés récemment sur l’exposition aux ondes de la 5G lors d’un usage intensif : les mesures du premier réseau 5G grande échelle en Suisse révèlent des valeurs compatibles avec les limites bruxelloises actuelles de 6 Volts par mètre, même dans le scénario où toutes les antennes 5G émettraient à pleine puissance.

De plus, la 5G n’a fait l’objet d’aucune évaluation de risque sanitaire, alors même que l’OMS catégorise les fréquences des réseaux mobiles comme « cancérogènes possibles ». Par ailleurs, la 5G va augmenter “l’électrosmog”, suscitant une discrimination à l’égard de 5% de la population souffrant d’électrohypersensibilité.

Enfin, le passage à une technologie qui augmentera encore l’« hyper-connexion » des personnes, ne peut qu’augmenter les effets néfastes sur la santé sociale et mentale déjà bien connus (addiction, stress, mal-être…), mais pourtant si peu discutés et très négligés par les politiques publiques. Il s’agit d’une question sociétale au-delà de la 5G. Voulons-nous de la fameuse “smart city” tant vendue, censée nous faciliter la vie mais au dépend de nos libertés et de l’humain au sens large ?

Pour ne pas conclure, nous pensons que la 5G devrait être mise à l’agenda d’un véritable débat public et démocratique dont les modalités seraient conçues par les citoyen·ne·s, les associations et les expert·e·s indépendant·e·s à tous les niveaux de pouvoir, y compris communal. Nous rappelons l’engagement international pris par la Belgique en signant la convention d’Aarhus visant l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement.

Photos de l’action, libres de droit : cloud.ieb.be

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